Nicolas Cirier

«…Ainsi poussé à coller là tout ce qui ne rentrait pas ailleurs j'ai ajouté un second appendice sur Nicolas Cirier sous préexte que deux ouvrages principaux, L'Œil typographique et l'Apprentif administrateur ont paru respectivement en 1839 et 1840. C'était un prote de l'Imprimerie nationale qui, ayant eu à se plaindre de ses supérieurs, avait donné sa démission. Ces deux ouvrages sont des "pamplets", remarquables surtout par l'emploi désordonné de tous les "arts graphiques" (chiro-, tachy-, typo-, litho,- auto-, chalco-, cassitéro-, phello-, xylo-, polytypo-graphie, nous apprend-il lui-même), la multiplicité des cartons et des papillons de toutes les couleurs et la variété des caractères employés (grecs, arabes, chinois, etc.) – bref un régal pour les amateurs.»

(Chambernac, dans Les Enfants du limon, Raymond Queneau, Gallimard, 1938)

«Ainsi, notre enquête se montrerait donc singulièrement et paradoxalement pauvre en résultats si nous n'avions la chance (chance qui n'en est pas une puisque c'est précisément là où nous voulions en venir) de trouver, parmi les fous littéraires, un typographe. Nicolas-Louis-Marie-Dominique Cirier, né à Dun (Meuse), le 27 février 1792, était, depuis une dizaine d'années, correcteur à l'Imprimerie alors Royale, lorsque, à la suite d'une injustice sur la nature de laquelle il est difficile de nous faire une opinion, il donna sa démission.Cirier accusait Pierre Lebrun, poète et membre de l'Institut, d'être responsable de ses malheurs; cet académicien qui écrivait Le sort le plus obscur est encor le plus beau était, en effet, directeur de l'Imprimerie Royale…»

Raymond Queneau, Délire typographique, Bâtons, chiffres et lettres, Gallimard (1950)


Justice!
(1848)

Justice
Réimpression en fac-similé d'un texte de toute rareté complétant la série de 4 plaquettes de l'auteur rééditées en juin dernier (voir ci-dessous), qui ont permis de découvrir «dans le texte» le plus excentrique des typographes écrivain connu à ce jour. Un pamphlet à la mesure du délire de l'illustre correcteur fou cher à Queneau et Blavier.

«Sans doute, à la première vue, et après l'avoir feuilleté machinalement, beaucoup de personnes diront de ce cahier: “Qu'est-ce que c'est que tout cela?… Quel indigeste ramassis!”
Oui! indigeste: c'est le récit d'un cauchemar de quinze ans, résultat de la cruelle indigestion subie par un homme qui avait, qui a toujours FAIM ET SOIF DE LA JUSTICE, pour tous, lui compris, et qui a été pendant ces quinze ans, nourri d'iniquités brutales, effrontées, quelquefois stupides; abreuvé de dégoûts, d'amertumes et de calomnies.
Gémissements étouffés, frais d'impression en pure perte, persévérante inutilité de plaintes, tentatives, démarches, et même aggravation de peine et d'humiliation par suite de ces inévitables mouvements d'un malade enchaîné sur son lit de douleur… cet exposé, qui est d'un ex-employé, lequel a espéré être utile aux employés, s'adresse et se recommande surtout aux employés…»

fac-similé, 36 pages (et quelques papillons...) ; 145 x 215 ; ; 425 exemplaires ; ISBN: 2-86742-136-5 ; 2004 ; 16 €. (50 exemplaires sur Vergé au prix de 34 €).


Cirier

4 titres de Nicolas Cirier, qui feront, sans nul doute, le régal des amateurs de folie et de typographie:


La Brisséide
(1867)

«Boutades iambico-philantropico-gatronomico-copronymiques. Suite et supplément aux vingt aphorismes de Brillat-Savarin.»
Simon Burgal, Excentriques disparus.

«Publié à Paris, en 1867, un mois avant le renversement des casseroles compromettantes et la cessation des oracles, tout dans ce dernier livre est extravagant: le fond, pourri, une macédoine indescriptible. Il y a des pages sang-de-bœuf [nous n'en avons vu aucune dans les 3 exemplaires que nous avons tenus en main]; d'autres, jaune serin. Le texte est entremêlé de gravures cabalistiques (dont une représente le baron Brisse entraîné par la Mort dans les enfers). Des rubans de papier s'échappent de tous côtés, comme les centons de la Sibylle de Cumes. Ce sont les commentaires de La Brisséide, appuyés sur des sentences empruntées à l'Évangile, à Piron, à Pierre Leroux […].
Le livre est dédié aux libres mangeurs, aux libres-panseurs, aux gastro-nomes, aux gastro-philes, aux gastro-lâtres, aux gastro-goinfres.
Simon Burgal, idem.

«Les motifs de haines de Nicolas Cirier ont parfois nom et visage. Lebrun, Crapelet, Migne… Ils sont alors associés au quotidien du typographe-prote-correcteur… Plus profondément, notre hétéroclite pour les uns, fou littéraire pour les autres, est un révolté permanent… Il n'a de cesse de relever les injustices, innombrables. Il en voit partout. Se considérant victime privilégiée sinon désignée, persécuté absolu, il n'en reste pas pour autant aveugle au sort de ses contemporains, parfois encore plus misérables. Si dans La Brisséide, il s'en prend violemment au chantre des bonnes tables de son temps, le baron Brisse, et en hors texte au cuisinier Carême, c'est qu'il les proclame relais de l'injustice, dans un monde qui ne sait favoriser l'un qu'en affamant l'autre…»
Marc Kopylov, notice

Le baron Léon Brisse (Géménos, 1813-1876). Après une carrière de garde général des forêts, il quitta l'administration vers 1850 et monta à Paris pour se lancer dans le journalisme. Bon vivant et amateur de bonne chère, il fut bientôt chargé de rédiger quotidiennement une chronique gastronomique dans le journal La Liberté. Ses menus, parfois "époustouflants", furent souvent commentés. Entre autres publications, citons Trois cent soixante-cinq menus du baron Brisse (1868), Petite cuisine du baron Brisse (1870), Cuisine en carême, etc.»
Idem

«Contre le baron Brisse, gastronome. La brochure est publiée «un mois avant le renversement de casseroles compromettantes et la cessation des oracles». Elle comporte des Brutalités ïambico - philanthropico - gastronomico - copronymiques, c’est-à-dire des aphorismes contre la gastronomie, qui n’est que l’ «hypocrisie de la gourmandise».
Paris, impr. Noblet, 1867 in-8°, 20p.»
(Notice d’André Blavier, in: Les Fous littéraires)

fac-similé, 24 pages (dirons nous, plus d'autres intercalées, dont certaines à déplier, émaillées de multiples cartons et papillons...) ; 14,5 x 22 ; feuillet d'introduction (Marc Kopylov) et chronologie (établie par Didier Barrière) ; 425 exemplaires ; ISBN: 2-86742-133-0 ; 2004 ; 16 €.


L’Œil typographique offert aux hommes de lettres
de l’un et l’autre sexe, notament à MM. les correcteurs, protes, sous-protes, etc.

(1839))

«…Quand vous m'adressâtes pour la première fois cette disgracieuse question: "Avez-vous l'Œil typographique?" je vous répondis, autant qu'il peut m'en souvenir: "Mais… oui… je crois pouvoir m'en flatter." Sans doute il me sera revenu en pensée que depuis bien longtemps déjà j'étais correcteur, et je n'aurai pu m'en taire: car incontinent vous m'avez fait entendre que l'Œil typographique est un je ne sais quoi, que l'expérience ne donne point; une espèce de grâce gratuite, tout à la fois prévenante, subséquente, et pas toujours efficace…»

Oeil typographique
(Éd originale: Paris, Didot frères & l’auteur, 1839 in-8°, 34p.)

fac-similé, 36 pages (+ dessin à déplier) ; 14,5 x 22 ; 425 exemplaires ; ISBN: 2-86742-131-4 ; 2004 ; 16 €.

Démonstration: A + B = AB, apparemment ?
Pas du tout ! A + B = A + B

Hommage à monsieur l’A,B X.

Hommage… est à l'évidence la plus "sage" de notre série de rééditions. Brûlot, le livret s'en prend, non plus à Pierre Lebrun, mais à l'Abbé Migne. L'exemplaire de la bibliothèque de Reims contient, contrecollés en première page, deux portraits photographiques de l'abbé, soulignés d'une note manuscrite de Cirier qui donne la couleur révoltée qui dirige la plume de notre typographe: "… Le portrait est très ressemblant et ici la dureté, etc. du physique est parfaitement en harmonie avec la dureté, la grossièreté, la vanité, la jactance et l'injuriosité du moral." Il est par ailleurs complété d'un feuillet contrecollé, Le Drapeau typographique, dont nous ne résistons pas à communiquer la transcription…

(Éd. originale: Paris, impr. Bonaventine & Ducessois (1857), in-8°, 25 p.)

fac-similé, 24 pages ; feuillet d'introduction (Marc Kopylov) et chronologie (établie par Didier Barrière) ; 14,5 x 22 ; 425 exemplaires ; ISBN: 2-86742-132-2 ; 2004 ; 16 €.


Le plus étonnant des catalogues
(1842)

Toutes les fantaisies qui parsèment ce catalogue ont fait croire par la suite qu'il décrivait une bibliothèque imaginaire. L'ouvrage entrerait donc dans cette catégorie de fictions prisées par les satiristes, depuis l'inventaire pantagruélique de la librairie de sainct Victor. Or, il n'en est rien. La vente eut bien lieu à Reims, le 9 décembre 1842, chez le libraire Cordier, rue de l'Écrevisse. Mais n'est-ce pas une mystification supérieure que de faire passer le vrai pour du faux, de présenter des livres bien réels comme des rêveries onomastiques? C'est un genre de talent dont un typographe pré-oulipien était capable sans efforts, et qui ne l'a pas enrichi. Pour une étude plus détaillée du catalogue, avec les réclames précédant la vente, nous renvoyons à un travail antérieur: "La bibliomanie hétéroclite de Nicolas Cirier" (Le Livre et l'Estampe, Bruxelles, 1993, n° 140, p.7-38). Quelques nouvelles trouvailles suffiront ici à convaincre les lecteurs encore sceptiques…
Didier Barrière

fac-similé, 36 pages ; 14,5 x 22 ; feuillet d'introduction et chronologie (par Didier Barrière) ; 425 exemplaires ; ISBN: 2-86742-131-4 ; 2004 ; 16 €.

Cirier, note André Blavier, fut trouvé mort aux côtés de son chien, qu’il appelait Boute-en-train. On les enterra dans le même cercueil des pauvres.

• Voir aussi, L'Apprentif administrateur, Niolas Cirier, éditions Plein Champ (2000).
• Sur Nicolas Cirier, voir encore:
Bâtons, Chiffres et Lettres, Raymond Queneau, Gallimard (1950).
Excentriques disparus, Simon Burgal (Firmin Boissin), Plein Chant (1995)


Sur Nicolas Cirier, voir aussi :

Les Fous Littéraires, André Blavier

Un correcteur fou à l'Imprimerie royale: Nicolas Cirier

Fables nouvelles (par et chez N.Cirier) (Gallica)

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